Travailler à distance via une liste de discussions par mails : l'exemple de la liste PIDAPI

NDLR : Cette liste de discussion est ouverte aux utilisateurs PIDAPI. L'inscription se fait sur demande des utilisateurs par le site grâce à l'identifiant qu'ils reçoivent lors de leur commande dans "l'espace adhérent".

MAIL

Sylvain : Bonjour Agnès, peux-tu nous expliquer comment tu es venue à rejoindre la liste de discussion [PIDAPI] ?

Agnès : Le fichier Pid’manip est le fruit d'un travail collectif démarré lors d'un stage ICEM34 en fin d'année 2014. Lors de ce stage, Nathalie avait proposé la création d'outils de manipulation pour des classes 

de cycle 3 en math et en français. La qualité des échanges, des diversités de profils lors de ce stage ont permis de démarrer différents projets. Plein d'idées à creuser.... mais le stage n'était pas assez long ! Alors on a continué via internet, à 3 ou 4, à proposer des pistes, à s’échanger des versions d'ateliers. Chacun commentant les propositions des uns et des autres. Certains ateliers (grammaire, conjugaison) commençaient à voir le jour et ... ça s'est emballé.

D'ateliers pour notre classe, un peu bricolés, on est partis sur des outils adaptés, en particulier au fichier Pidapi que l'on utilisait tous.

Sylvain : Quel est le lien entre ce projet de construction d’outils et les listes d’échanges par Internet ?

Agnès : L'association Pidapi a alors proposé de nous soutenir : elle nous a permis de nous retrouver physiquement 2 fois dans l'année suivante pour suivre les outils en cours et surtout pour en lancer d'autres. Lors de ces rencontres, on se centre sur les nouvelles idées, on bricole ensemble pour voir ce qui nous semble intéressant de creuser en fonctions des besoins de nos classes, de nos envies. On peut également profiter de l'expérience et des formations accélérées (informatique, gestion d'un site ...) du reste de l'équipe, puisqu'on  se retrouve à une vingtaine sur le même lieu.

Ensuite, chez nous, la magie d'internet fait le reste : une liste de diffusion, un lieu de stockage partagé et nous pouvons continuer à travailler à notre rythme, tout en pouvant compter sur la force du groupe pour avoir des retours, des remarques constructives et des relectures attentives !

Depuis ce stage, quelques outils ont vu le jour. D'autres que nous, avec d'autres compétences se sont occupés de les diffuser, de les mettre en ligne.Nbr messages liste PIDAPI legende

Sylvain : L’association PIDAPI se fixe pour raison d’être de faciliter l’accès aux pratiques de coopération entre élèves. Pour cela, elle entretient du matériel de classe, sous forme de fiches d’entrainement et d’évaluation, avec la symbolique des ceintures de couleurs, comme au judo, introduites en pédagogie par Fernand Oury. Outre le matériel, elle fait vivre une liste de discussions par mails, qui regroupe, à ce jour, plus de 400 membres inscrits, via la solution Yahoogroupes. Ce sont principalement des professeurs des écoles, utilisateurs ou auteurs du matériel, mais pas seulement. Cette liste existe depuis aout 2005 et elle vit au fil des questions soulevées par les inscrits. (Cf. tableau ci-joint)

La liste est administrée par deux personnes, pouvant autoriser l’inscription de nouvelles personnes et conservant le droit de modérer les échanges. A ce jour, aucune désinscription n’a été décidée par les modérateurs, les échanges étant respectueux et ouverts.

Comment ce climat a-t-il été rendu possible alors que cette ambiance n’est malheureusement pas présente dans tous les collectifs d’enseignants ? L’hypothèse privilégiée est la présence de modérateurs. Symboliquement, les inscrits savent implicitement qu’ils peuvent bénéficier des contributions à condition de participer à l’esprit de respect mutuel, quelles que soient les problématiques pédagogiques et professionnelles abordées. Les modérateurs interviennent très peu, en tant que tels.

Depuis 2005, une seule intervention a été nécessaire pour calmer des échanges qui commençaient à s’échauffer entre quelques inscrits au sujet d’une discussion qui s’envenimait autour de la laïcité à l’école. Les inscrits, enseignant dans des pays différents, la confrontation des idées et des réalités culturelles ne pouvait pas être apaisée par de la communication non-écrite et commençait à virer vers des attaques ad-hominem. 

  • "Je suis un peu surpris par la tournure que prend cette discussion. Il me semble que certains n'ont pas une idée très claire de ce qu'est la laïcité."
  • "En fait, je ne souhaite pas rentrer dans les détails pour vous prouver que oui, les faits dont on parle sont "limite" du point de vue laïc, c'était juste des évocations... je ne m'attendais pas à ces réactions... J'y réfléchirai à deux fois la prochaine fois."

Voici le seul message qui a alors été envoyé pour « calmer » les interactions, dans l’objectif de ne pas altérer le climat de bientraitance existant jusque-là :

« Bonsoir,

En fait, ce que dit une personne n'est pas la personne. Le langage, même écrit, n'est pas toujours fidèle à notre pensée et ne parvient pas à englober la dimension rhizomatique de nos idées (le fait qu'elle ne se résume pas à quelques mots enchainés).

Le plus simple est peut-être de se donner pour principe de dissocier une parole de la personne qui l'émet. Cela se fait notamment par un refus de l'utilisation d'un "tu" qui "tue", et ainsi pousse à réagir, si possible plus intensément. Il est possible de réagir sur les idées et ainsi de protéger l'image de celui ou celle qui l'a apportée.

On pourra donc poursuivre sereinement nos échanges sur des sujets sensibles comme celui sur la laïcité et ainsi contribuer à entretenir le respect de bientraitance présent sur cette liste.

Amicalement »

Plus récemment, la liste a été inondée de messages (plus de 200) au sujet de l’utilisation d’une application spécifique, extérieure à l’association. Quelques désinscriptions ont commencé, naturellement, à se produire. Ce ne sont pas les modérateurs qui sont intervenus, mais un membre du bureau de l’association. Elle a proposé de mutualiser les demandes concernant cette application, par mail personnel, en créant une liste de discussions spécifique à ces questions. Le problème a ainsi été résolu.

Sylvain : comment vis-tu la présence de modérateurs sur cette liste ? Souscris-tu à mon hypothèse ?

Agnès : Je ne m'étais pas posée la question des modérateurs ! Mais effectivement en comparant avec d'autres listes (qui fonctionnent ou non) c'est effectivement l'intervention de 2 ou 3 personnes qui semblent "référentes" qui permet vite de calmer les discussions.

Sylvain : comment expliques-tu le climat de respect mutuel qui semble émaner de ce groupe virtuel ?

Agnès : On sent d'abord une volonté sur la liste de ne pas aller au conflit sans pour autant nier nos différences, et surtout de ne pas être dans le jugement ! Personnellement, j'ai plutôt l'impression qu'il y a sur cette liste quelques personnes que je qualifierais "d’experts", notamment les auteurs à l'origine de l'association. Ceux-ci ont une parole qui semble un peu "au-dessus" de nos préoccupations parfois très terre à terre ! La distanciation dont font preuve leurs messages permet toujours de revenir à l'essence même de notre engagement pédagogique autour duquel on se retrouve toutes et tous.

La diversité de nos pratiques (même si on se retrouve autour de la coopération) nous permet aussi d'éviter l'effet "y a qu'une seule façon de faire : celle-là...". Et puis, la liste s'est créée autour d'un outil, il serait donc étrange d'imposer une façon de faire en classe... contrairement à certaines listes basées par les pratiques d'un pédagogue et sur lesquelles il y est donc très difficile (et extrêmement conflictuel !) de proposer d'autres entrées.

Sylvain : dans ton vécu, qu’est-ce que t’apporte professionnellement l’inscription à cette liste ?

Agnès : Étant enseignante en classe unique, cette liste me permet d’échanger avec des collègues. Avec les autres auxquelles je participe, elles sont pour moi indispensables, tant dans mon  quotidien (répondre à une question sur une fiche, sur l'utilisation d'un outil...) que sur ma pratique à long terme : ces discussions permettent de nous questionner sur certaines de nos pratiques, de les remettre en cause ou d'en conforter certaines. C'est en fait une salle des maitres, avec des collègues que je n'ai pas tous choisis, mais qui sont tous motivés, tous voulant avancer pédagogiquement.

echange mails

Sylvain : En tant qu’auteur PIDAPI, comment vis-tu la participation à cette liste numérique ?

Cédric : La liste PIDAPI est une mine d’informations et de formations. Les échanges sont constructifs, nourrissent la réalité de la classe et inversement, la réalité de la classe nourrit les échanges. Les pratiques coopératives, l’utilisation du fichier PIDAPI, la relation avec les élèves, les pratiques de pédagogie institutionnelle, voilà quelques exemples de grands thèmes abordés sur la liste.

En tant qu’auteur, je pourrais me sentir "formateur" sur la liste. En réalité, si je me sens en capacité d’expliquer la démarche, le fonctionnement de l’outil en lien avec les réflexions que nous mettons en place lors de sa construction, pour le reste, je me sens en co-formation. Tantôt dans la posture du tuteur, tantôt dans la posture du tutoré.

Au fil des années, cela me donne l’impression de devenir un artisan dans ma pratique, d’affiner les détails qui la rendent plus fluide, plus naturelle. L’ambiance de la liste invite à se sentir autorisé à participer. Chaque questionnement a sa place et son opportunité.

J’ai l’impression que les participant·e·s nous permettent de grandir en compétences pédagogique et humaine.

Agnès Crépy, Sylvain Connac, Cédric Serres

Pour aller plus loin : http://www.cahiers-pedagogiques.com/No-548-Des-collectifs-enseignants-connectes-11843

Site conçu par la "Team PIDAPI-GEEK" (Cécile, Cédric, Pierre ) avec joomla et template creator (merci Cédric K) : histoire de ce site.

L'association PIDAPI a pour but de coopérer pour créer des outils et des moments de formation pour faciliter la personnalisation des apprentissages dans les classes. 

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