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DocPIDAPI

PIDAPI : UN OUTIL D'APPRENTISSAGE INDIVIDUALISE

La démarche Pidapi (Parcours Individualisés et différenciés des apprentissages en Pédagogies Institutionnelle) est un dispositif pédagogique réalisé par des enseignant-es qui sont dans des classes, utilisent cet outil, ne sont pas rémunéré-es mais regroupé-es en association[1]. Je présenterai dans cet article la globalité de la démarche puis m'attarderai sur l'évaluation des élèves qui en découle.

Pidapi, c'est quoi ?

Pidapi consiste en une déclinaison de fiches de travail correspondant aux compétences de mathématiques et de français à l'école primaire pour les CE2-CM1-CM2. Elle comprend aussi les 3 types d'évaluations : diagnostique, formative et sommative. Le principe général est que chaque enfant travaille des éléments situés dans sa propre zone de développement, c'est à dire ni exactement ce qu'il sait déjà faire ni des compétences hors de sa portée. Chaque élève s'exerce donc dans une classe sur des compétences différentes en fonction de là où il en est. Les compétences attendues sont fournies aux élèves et regroupées par matière[2] : vocabulaire, conjugaison, orthographe, grammaire, numération, calcul, géométrie, mesure. Pour chacune des matières, les compétences sont ordonnées logiquement et numérotées puis regroupées par couleurs, dont la progression reprend celle des ceintures de judo. (cf. ceintures de numération en annexe). A chaque compétence correspond une fiche de travail, en libre disposition dans la classe.

Pidapi est aujourd'hui utilisé dans des classes sur tout le territoire et peut se commander en contactant l'association.

Pourquoi évaluer différemment ?

Aujourd'hui, on nous demande classiquement d'évaluer tous les élèves en même temps sur des notions qui viennent d'être abordées en classe. Cela revient à prendre une photo à un instant t de ce que sait « recracher » tel ou tel élève, quel que soient ses acquis, sa forme du jour, son envie, etc. Généralement, une note, une couleur ou une lettre (c'est souvent la même chose), est attribuée au mieux par compétence, mais plus généralement par matière voire en français ou en maths. Un élève peut donc avoir B en janvier puis C en février, ce qui reviendrait à dire qu'il a régressé. Souvent dans un exercice, plusieurs compétences sont évaluées en même temps et le codage correspondant n'a alors aucun sens. La réussite ou non à la consigne donnée n'indique en rien à l'enfant ce qu'il sait ou ne sait pas faire.

Dans un autre registre, il est fréquent de constater qu'un-e élève va être évalué par exemple sur la division posée, sans maîtriser le principe et le fonctionnement de la soustraction, pourtant indispensable dans ce cas.

Enfin, l'évaluation classique collective est assurément vectrice de compétition individuelle, de classeurs entre les tables pour éviter la copie, de frustrations énormes, d'échecs répétés, d'ennui pour ceux qui réussissent tout et voudraient avancer, etc.

Pidapi permet de ne pas tomber dans ces réelles aberrations puisque l'élève :

- sait ce qu'il sait ou ne sait pas faire,

- est évalué sur une compétence et une seule,

- a le temps de maîtriser une compétence avant de passer à l'autre si elles sont reliées,

- ne fait que progresser de ceinture en ceinture

- est évalué quand il se sent prêt

Un exemple concret

Concrètement, voici les étapes de l'évaluation utilisées dans la démarches Pidapi. Arbitrairement, j'ai choisi la ceinture de numération.

L'évaluation diagnostique

Houria, qui possède la ceinture orange de numération et maîtrise donc les compétences associées, peut vouloir passer la ceinture verte. Pour cela il lui faut réussir les compétences 8.08 à 8.12 (cf. annexe). Afin de voir ce qu'elle sait faire, elle passe la pré-ceinture verte de numération. La pré-ceinture comprend autant d'exercices que de compétences, chaque exercice n'évaluant qu'un seule compétence.. Après correction par l'enseignant-e, elle se rend compte qu'elle ne sait pas encadrer des entiers < 10 000 (8.12) et présenter correctement la  résolution d'un problème (8.10). Les autres compétences sont réussies. Houria coche donc elle-même les compétences qu'elle connaît et laisse un rond dans celles qu'elle ne maitrise pas encore.

L'évaluation formative

Houria ira chercher la fiches 8.10. Elle commencera par la partie « qu'est ce que je sais faire » qui lui permettra de voir quels pré-requis elle possède ou non (auto-correction). Elle lira le conseil correspondant, avec des exemples concrets de résolution de problèmes puis s'entraînera sur des exercices qui correspondent à ce qu'elle ne savait pas faire dans la première partie. Elle peut travailler seule, avec un-e camarade qui possède la compétence ou qui la travaille aussi, avec l'enseignant-e. Quand elle estime avoir compris (réussite aux entraînements) elle peut alors passer le test qui évalue les acquis en fin d'entraînement. Si elle réussit le test (correction par l'enseignant), elle pourra alors s'attaquer à la fiche 8.12.

L'évaluation sommative

Les 2 fiches réussies, Houria pourra demander quand elle le souhaite, à passer sa ceinture verte de numération. Elle s'isolera pour la passer seule. La ceinture verte contient toujours un exercice par compétence, mais en reprenant certaines compétences des ceintures précédentes. Si elle réussit, elle sera alors verte en numération et apposera une gommette correspondante sur le tableau « je grandis » qui montre la progression de chaque enfant dans la classe. Des camarades pourront la solliciter pour être aidé-es lors de la passation de cette ceinture.

Utilisation de Pidapi dans la classe

Cet outil individualisé est conçu notamment pour être utilisé dans des classes multi-âges à fonctionnement coopératif. Chaque jour, les élèves disposent d'un temps de travail autonome durant lequel ils peuvent, entre autres, utiliser Pidapi. En  aucun cas, ce ne peut être l'unique entrée d'apprentissage dans la classe. En complément, on peut citer les textes libres, créations mathématiques, correspondance, exposés, journal, synthèses collectives, projets divers, etc. Pour aider l'enfant à s'y retrouver dans cet univers complexe, une utilisation sur plusieurs années avec des tuteur-rices est intéressant. D'un point de vue organisationnel, j'utilise dans ma classe un plan de travail hebdomadaire, sur lequel chaque élève reporte ce qu'il veut travailler durant la semaine. Selon son degré d'autonomie, ce document est élaboré seul, avec un-e tuteur-rice ou avec moi.

A la fin de chaque période, les élèves remplissent un livret leur permettant de voir leur évolution et se donnent des objectifs pour la prochaine période.

Évidemment, dans la période où l'on nous impose des évaluations nationales communes à tous, qui ont pour but, entre autres, de classer les écoles, les enseignant-es et les élèves, la démarche que nous utilisons n'est pas conforme aux attentes gouvernementales. Les pratiques pédagogiques alternatives sont une bouffée d'oxygène pour les enfants, les parents et les enseignant-es, mais leur utilisation seule ne permet pas d'aboutir à la révolution pédagogique émancipatrice que nous visons. Le refus collectif et construit des pratiques qui nous sont imposées, l'établissement d'un rapport de force réel face à la hiérarchie, sont autant d'autres clés qui nous permettront de construire n'autre école.

Benoît Guerrée,

Enseignant en classe de Cycle 3 (CE2-CM1-CM2)

CNT Éducation 34 - Icem 34



[1]   http://www.pidapi-asso.fr- contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

[2]   L'histoire, les sciences et  la géographie sont également disponibles mais avec un fonctionnement différent.