Barre guide enseignant V7

Présentation sommaire de la démarche PIDAPI

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Le principal souci de notre équipe de travail est de trouver un équilibre entre la volonté de permettre aux enfants de disposer dans la classe d’espaces de personnalisation de leurs apprentissages et celle de respecter le contrat qui lie les enseignants à l’État, la prise en compte des prescriptions institutionnelles.

Notre intention est de disposer de supports didactiques et pédagogiques en mesure de jalonner les évolutions des acquis des élèves en Mathématiques, Français, Histoire, Géographie et Sciences, sans pour autant n’en faire que notre seule référence. Il est question de permettre aux élèves de construire des parcours d’apprentissage selon un plan de travail périodiquement établi mais aussi de participer à des moments d’échanges collectifs, qui s’appuient par exemple sur les techniques Freinet comme les études de textes libres et les mathématiques naturelles.

Nous nous sommes alors intéressés aux ceintures disciplinaires telles que présentées par Fernand Oury et René Laffitte. Devant l’absence de supports existants, nous nous sommes attachés à en créer. Plusieurs années de travail, pas mal de vacances consacrées, de nombreuses modifications apportées à une œuvre collectivement construite.

À ce jour, la démarche PIDAPI, c’est ainsi qu’elle se nomme (Parcours Individualisés et Différenciés des Apprentissages et Pédagogie Institutionnelle), en est à la version 7 ce qui correspond en fait à plusieurs vagues d’améliorations apportées. Rien n’est encore définitif, de nombreuses erreurs ou maladresses parasitent toujours l’ensemble, mais nous disposons d’un support qui permet pleinement à la classe de fonctionner telle que nous l’entendions au début.

Dans les faits, cette démarche propose des outils sous forme de fiches de travail regroupant l’ensemble des compétences du CE2 (fin de CE1 souvent) au début de la 6ème d’école élémentaire. Ces compétences sont ordonnées selon des couleurs de ceintures (Vert et bleu pour des compétences en lien avec le cycle II et marron, violet et noir pour celles de cycle III). Dans chaque ceinture, les enfants peuvent trouver une série de compétences pour lesquelles ils doivent s’entrainer avant le passage de l’épreuve validante (la ceinture). Nous reviendrons plus loin dans ce guide sur ce concept de compétence.

Chaque semaine, les enfants remplissent dans leur plan de travail la partie consacrée au choix de la ceinture qu’ils souhaitent travailler ainsi que les compétences qui y correspondent.

Structuration des fiches d’entrainement :

Chaque fiche s’appuie sur un même modèle afin qu’il y ait une moindre gêne entre les divers supports : les enfants savent directement quelle est la nature de la consigne pour toutes les compétences.

Sur le recto de la feuille :

1 – « Qu’est-ce que je sais faire ? » : cette première partie vise à aider l’enfant à déterminer ce qu’il maitrise déjà et à orienter la nature de la tâche à fournir.

2 – « Conseil » : une sorte de digest de ce qui est à retenir ou des astuces utiles à l’apprentissage de la compétence. Ces conseils sont illustrés, le plus souvent, d'exemples significatifs.

3 – « Entrainements » : ils se présentent sous forme de trois types d’exercices permettant aux élèves de travailler ce qu’ils n’ont pas réussi dans la première partie.

Sur le verso :

4 – « Clé» : un petit exercice visant l’évaluation des acquis en fin d’entrainement.

5 – « Correction à Qu’est-ce que je sais faire ? »

6 – « Correction des entrainements ».

 Si l’enseignant le souhaite, les enfants peuvent accéder librement à un classeur de correction des tests (pas forcément conseillé).

PIDAPI et l’évaluation

L’ensemble de ces outils propose à l’enseignant de jongler entre trois types d’évaluations :

- Une évaluation diagnostique qui se traduit par la partie « Qu’est-ce que je sais faire » de chaque fiche mais aussi par l’existence de « préceintures. » Celles-ci sont passées en début d’année ou juste avant de débuter l’entrainement à une nouvelle ceinture. Elles permettent de distinguer les compétences déjà acquises (à travers les autres moments de classe, au cours des précédentes années scolaires ou par les sollicitations familiales et extrascolaires) de celles en cours de construction ou non encore acquises. Chaque enfant dispose d’une « boite à outils », un protège-document regroupant l’ensemble des grilles de ceintures qui indiquent les compétences qui restent à travailler.

- Une évaluation formative intervenant lorsque les épreuves de la préceinture ne sont pas toutes réussies. Elle est d’abord guidée par les différents parcours permis au sein de chaque fiche puis par les orientations plus ciblées lorsqu’un enfant échoue à une ceinture : il ne doit plus alors s’entrainer qu’aux compétences non encore acquises. Nous proposons pour cela différents « folios », c’est à dire plusieurs exemplaires des mêmes ceintures avec des énoncés modifiés : en cas de non réussite à une ceinture, les enfants ne refont pas les mêmes exercices.

- Une évaluation sommative manifestée par la réussite à une ceinture en Français ou en Maths ou à une « clé » qui finalise le travail d’une fiche d’entrainement. Un enfant qui réussit toutes les épreuves de la ceinture verte « j’écris » devient vert dans ce domaine et peut choisir de débuter les préceintures correspondant à la ceinture bleue. Il ne peut y avoir aucune régression dans les ceintures, ce qui d’ailleurs en valorise l’accès. Un principe de tuilage existe dans les évaluations complexes des ceintures.

Dans la mesure où ce dispositif vise à rendre les enfants gestionnaires de la régulation de l'apprentissage en leur permettant de construire un modèle personnel d'action, il s’apparente à de l’évaluation formatrice. Est formatrice toute évaluation qui aide l'élève à apprendre et à se développer. L’apprenant participe, discute l’outil d’évaluation. Elle rejoint en partie l’autoévaluation et l’évaluation formative pour les situations d’entrainement, et en partie l’évaluation sommative quand il s’agit de valider les acquis.

Une évaluation complexe et inédite des compétences.

L’évaluation des compétences se veut complexe parce les compétences le sont nécessairement de par leur caractéristique d’action : elles constituent toutes un tissage de connaissances, techniques, procédures et adaptations qui ne peut être nié. En même temps, l’évaluation de la complexité est techniquement possible si elle est explicitement recherchée. « Il ne faut pas s’y méprendre, l’hypothèse de la complexité ne signifie nullement un retour à une position agnostique, mystique ou simplement magique. Il faut plutôt y entendre un appel à d’autres formes de rationalité, nécessaires pour sortir des errements et des impasses d’une pensée simplifiante, véritable forme de la barbarie moderne.[2] » Un exemple de tâche complexe pour une évaluation pourrait être : « À partir de la leçon de votre manuel, sélectionnez les informations et proposez-en une représentation graphique.[3] » Gérard de Vecchi propose un recueil de tâches complexes à disposition d’enseignants de tous niveaux.[4]

L’évaluation des compétences se veut également inédite pour travailler la dimension du transfert de l’apprentissage. Si les conditions de l’évaluation sont les mêmes que celles qui ont permis l’apprentissage (même contexte, même consigne, mêmes activités cognitives, …), alors évaluer consiste uniquement à mesurer le degré de mémorisation et de compréhension, nullement la faculté d’adaptation de l’apprentissage. Il se peut donc qu’un savoir appris dans un premier contexte, et reconnu comme tel via des évaluations « non-inédites », ne soit plus disponible au sein d’un nouvel environnement.

Voici les raisons qui expliquent la forme des ceintures PIDAPI :

Les préceintures évaluent de manière « brute » les compétences identifiées.

Une préceinture entièrement réussie nécessite de passer la ceinture associée.

Les ceintures proposent des évaluations complexes et inédites, dans la mesure du possible et sans rendre les épreuves plus difficiles pour les enfants.

Pour cela, pour les auteurs, une évaluation de compétence devient complexe et inédite lorsque :

  • Les consignes sont différentes de celles utilisées par les "clés"
  • La tâche d’évaluation peut permettre d’évaluer plusieurs compétences en même temps
  • La tâche d’évaluation peut correspondre à des activités vivantes et authentiques (projets d’écritures, résolution de problème, …)
  • Avec les ceintures, le but pour les élèves n’est plus seulement d’avoir réussi « le test » mais surtout de maitriser le cœur de chacune des compétences travaillées.

Des effets positifs

Avec l’expérience, nous nous sommes aperçus que cette démarche avait plusieurs effets pédagogiquement positifs :

+ Elle propose aux enfants de travailler des éléments situés dans ce que l’on nomme leur zone de proche développement, c’est à dire ni exactement à leur niveau ni non plus hors de leur portée mais juste au-delà de ce qu’ils maitrisent déjà afin de les conduire vers une évolution possible par étayage didactique.

+ Elle propose une pédagogie de la réussite basée sur la valorisation des efforts. L’esprit général dans lequel les enfants s’inscrivent, est que : soit ils sont reconnus compétents par la classe, soit ils sont considérés comme « non encore compétents. » La diversité des ceintures fait que tous les enfants disposent généralement d’une ceinture au moins dans laquelle ils se sentent grands, ne serait-ce que par l’aide qu’ils peuvent apporter aux plus petits. Dans la classe, un tableau de ceinture appelé « Je grandis » reprend les ceintures de chacun, ce qui crée assez facilement un climat d’émulation plus que de compétition.

+ Elle permet à la classe de vivre assez aisément des moments de réelle individualisation, où chacun s’attache à un travail qui lui est propre et qui diffère très souvent de celui des copains.

+ Elle se veut un support à l’entraide et à la coopération entre enfants. Par exemple, les « verts en calcul » deviennent en même temps des experts potentiels pour ceux qui se préparent à cette ceinture. Ils peuvent en même temps solliciter un « bleu en calcul » pour obtenir de l’aide.

+ Pendant ces moments de travaux sur ceintures, l’enseignant est peut alors centrer son action sur une aide personnalisée auprès d’enfants en blocage autour d’un même domaine. Il constitue avec eux un petit groupe de travail dont le but est d’explorer ensemble une compétence précise et de tenter à plusieurs de parfaire les apprentissages.

+ Enfin, cette démarche complète de manière différenciée les autres approches didactiques choisies par l’enseignant et vient soit apporter de nouveaux contenus aux enfants soit les aider à comprendre autrement une connaissance déjà abordée lors d’un temps de travail collectif. Il se peut donc par exemple qu’un élève n’ait pas saisi le sens de la division lors de la leçon collective mais qu’il se la soit en revanche appropriée à travers une réflexion personnelle menée par l’intermédiaire de la fiche. L’inverse est aussi vrai.

Les enfants que nous avons rencontrés et qui ont quitté le cycle III avec les ceintures marron acquises n’ont rencontré généralement aucune difficulté particulière au collège. Ceux qui avaient obtenu les ceintures noires sont même devenus de très bons élèves par la suite.

Ainsi donc, ces outils permettent à l’enseignant de se lancer bien plus aisément dans une démarche coopérative. Ils proposent également aux enfants d’apprendre par eux-mêmes mais aussi grâce à leurs camarades ou lors de moments menés par l’adulte de la classe.  En matière d’éducation, rien ne peut réellement être décidé par quelqu’un d’autre que l’apprenant lui-même. Autant donc l’inciter à décider par lui-même des chemins d’évolutions les plus opportuns.

Barre guide enseignant V7


[1] BM BARTH, L’apprentissage de l’abstraction, Retz, Paris, 1987.

[2] Ardoino J., in Bonniol J.J., Vial M., Les modèles de l’évaluation, De Boeck Université, Bruxelles, 1997, p 348.

[3] Di Martino A., Sanchez A.M., Socle commun et compétences – Pratiques pour le collège, Cahiers Pédagogiques - ESF Éditeur, Issy-les-Moulineaux, 2011, p 59.

[4] De Vecchi G., Banque de situations-problèmes, tous niveaux, Paris, Hachette Éducation, 2004.

MAJ P. Cieutat v7 Aout 2017