CONDENSÉ DE LA GRAMMAIRE EN QUATRE PAGES DE CÉLESTIN FREINET

 

     Freinet propose une technique de travail qui s’oppose à l’approche traditionnelle où l’enseignant, considéré comme le seul détenteur du savoir, l’impose à des élèves qui ne peuvent qu’écouter. Il explique que la combinaison leçon-devoirs ne crée que des apprentissages superficiels et momentanés. Au mieux, l’élève renvoie à l’enseignant une volonté d’obtenir une bonne note ou de parfaire sa propre image. Au final, l’approche traditionnelle de l’étude de la langue n’est qu’une dérive coercitive de l’exploitation des récurrences qui la fondent.

 

     Il est possible de résumer l’amorce de cette démarche proposée par cette phrase : « Le principal devoir de grammaire française et le plus profitable est la rédaction. » Freinet indique ainsi que la voie royale vers la maitrise de l’écrit est l’écrit lui-même et donc que l’expression libre des enfants à travers divers textes qu’ils peuvent rédiger deviendra un bon support aux apprentissages et donc aux évolutions. Un premier souci de l’enseignant réside dans la mise en place d’un climat de classe porteur d’expressions, notamment au travers de l’écrit.

 

     Cependant, les textes d’enfants ne peuvent et même ne doivent pas être les seuls supports aux situations d’apprentissages. « C’est en écrivant et en lisant qu’on apprend à écrire et à lire, écrire signifie ici rédiger. » On ne peut pas tout attendre des textes d’enfants, la littérature dans son ensemble et sa diversité complète l’apport et garantit une plus grande référence à la culture.

 

     De ce fait, les enseignants et les élèves disposent de deux types de textes : ceux rédigés par les élèves et ceux choisis par un membre de la classe (adulte ou enfant), généralement des textes littéraires (mais aussi tout autre type d’écrit, la multiplicité optimisant les résultats). Ces textes deviendront soit des supports à un travail de groupe pour permettre à chacun de grandir dans ses propres compétences relatives à la rédaction, soit des articles pour le journal de classe ou des textes envoyés aux correspondants.

 

     Ces textes seront tous exploités d’une manière proche, le plus souvent à partir d’une grille d’étude construite par la classe. Généralement, les élèves reçoivent pour consigne de « dire tout ce que vous avez envie de dire sur ce texte » et pourront effectuer des activités comme la chasse aux mots dont le but est de reconnaitre des mots de même type. Ainsi, et par répétition régulière des séances, les enfants élargissent le champ d’exploitation des consignes et améliorent leurs compétences d’écrivain. Ces activités sont l’occasion pour chacun d’aborder « naturellement », c’est à dire d’après un questionnement libre, des notions d’orthographe, de vocabulaire, de conjugaison et de grammaire. Les règles seront présentées à l’occasion d’études qui s’y prêtent. Ces formes de la langue s’apprendront donc avec un minimum d’ennui et de dogmatisme, ce qui ne peut que permettre davantage la durabilité des apprentissages.

 

Première partie

Cette étude de textes suit une progression en deux parties. La première s’intéresse au nom, au verbe, à l’adjectif, à l’article et au pronom.

A) Le nom

Le nom est considéré comme un mot sans lequel il est impossible de se faire comprendre. On ne lui donne pas d’autre définition sauf de dire qu’on donne des noms aux choses.

Pour la distinction entre les noms propres et les noms communs, il suffit d’en demander rapidement l’identification, d’autres définitions ne servent à rien à ce stade.

Pour le pluriel des noms, il suffit de préciser que la marque du pluriel est ordinairement S, que les noms en eu, au, eau prennent un X, que les noms en al, ail s’écrivent en aux au pluriel. Il apparait inutile de parler des exceptions, l’habitude de la rédaction et les situations d’écritures feront le nécessaire.

 

B) Le verbe

Le verbe est le mot qui donne vie à la phrase. Lorsqu’on n’utilise pas de verbe dans une phrase ou lorsqu’on l’utilise à l’infinitif, la phrase n’a pas tout le sens qu’on veut lui donner.

Les temps usuels repérés sont le présent, l’imparfait, la passé composé, le futur simple de l’indicatif, le conditionnel présent et l’impératif présent.

Après avoir pointé les formes courantes des principaux verbes, on s’intéresse aux verbes dont la forme peut changer au cours des diverses conjugaisons. Ce sera alors l’occasion de parler, toujours lorsque l’occasion se présentera, des temps plus difficiles mais importants. On parlera du subjonctif mais aussi des formes interrogatives et des participes.

 

C) L’adjectif qualificatif

On n’en donne pas de définition. Il est expliqué comme étant lié au nom. Son examen et sa recherche systématiques dans les textes permettront d’en garantir la reconnaissance.

D) L’article et le pronom

On ne s’intéresse pas systématiquement à leur reconnaissance, les enfants ont trop l’habitude de les utiliser dans leurs textes. En revanche, on recherchera les formes difficiles ou douteuses qu’ils peuvent prendre. Ainsi, il sera plus facile d’en présenter leurs accords.

 

Seconde partie

     Lorsque ces notions sont devenues familières des enfants, on peut passer à la seconde partie de cette progression. Elle consiste d’abord à repérer qu’avec des affixes et des mots simples et connus, on peut former des mots plus compliqués. Leur emploi est similaire à celui des mots simples que l’on connait déjà.

     C’est également le moment de s’intéresser de plus près au verbe, en particulier à sa conjugaison et ses régularités. Le besoin s’est déjà fait sentir d’élaborer une classification.

On peut proposer aux élèves une classification : les verbes auxiliaires puis les verbes comme chanter, finir et recevoir. Les temps usuels présentés sont à ce moment là le présent, l’imparfait, le passé composé, le passé simple (surtout les 3èmes personnes), le plus-que-parfait de l’indicatif, le conditionnel présent, le subjonctif présent, l’impératif présent et les participes.

     On aborde alors les notions de conjonction (qui sert à joindre, à coller, à lier des mots ou des membres de phrases), d’adverbe (sans définition mais par reconnaissances successives) et les prépositions (toujours par la reconnaissance).

     Provisoirement, quelques exercices de grammaire peuvent être proposés aux élèves. Ils ont pour visée l’automatisation de la pratique du singulier et du pluriel, l’emploi des pronoms, d’accord des adjectifs et la mécanique de la conjugaison des verbes. Cependant, ce n’est pas simplement au travers de ces exercices que les enfants réussiront à appliquer correctement ces règles. L’écriture reste la voie privilégiée.

      Une fois tout le travail sur la nature des mots achevé ou bien avancé, les élèves peuvent entrer dans une démarche d’analyse logique des fonctions de la phrase. Cette étude n’intervient qu’à ce moment-là parce qu’il n’est pas utile d’en connaitre le contenu pour produire des textes. Concernant les différentes fonctions, on commencera par identifier les propositions. Dans une phrase, il y a autant de propositions que de verbes conjugués. La proposition principale est celle que l’on ne peut pas supprimer sans détruire tout le sens de la phrase. Les autres sont des propositions subordonnées. Lorsque deux propositions sont indispensables, il s’agit de propositions coordonnées.

     Toutes les autres notions de grammaire ou règles d’orthographe sont alors abordées de cette manière, par la rencontre avec des textes porteurs dont l’étude conduit à un questionnement. Avec cette démarche, les leçons magistrales deviennent caduques mais les apprentissages sont tous de nature à clarifier la pratique de l’étude grammaticale des textes.

      Cette étude collective de texte est réservée au texte élu de la semaine, qu’il s’agisse d’une production d’enfant ou d’un texte littéraire. Les grilles ci-dessus sont au fil des séances progressivement remplies ; elles sont des supports à de nouvelles identifications et donc à une optimisation des apprentissages. Il apparait évident que la fréquente répétition des situations de travail favorise les évolutions.