Barre guide enseignant V7

POURSUIVRE LA MÉTHODE NATURELLE DE LECTURE ET D’ÉCRITURE : L’ÉTUDE LA LANGUE AU CYCLE III

 

     Outre l’apprentissage raisonné de la lecture et de l’écriture, la méthode naturelle initiée par Freinet développe chez les élèves qui l’ont suivie un gout pour la recherche. Le tâtonnement expérimental, un important outil de la MNLE, incite fortement les enfants à ne pas être des êtres passifs et recevant une connaissance qui leur est extérieure mais à se considérer comme de véritables chercheurs de sens et ainsi se construire leurs propres savoirs.

Plus tard, au cycle III, lorsque l’accès à la lecture est maitrisé, que l’on ait appris à lire par l’intermédiaire de la MNLE ou à partir d’une autre approche, les relations de l’enfant à l’écrit n’ont aucune raison d’être différentes. Du fait qu’apprendre est bien plus que comprendre, ce qui détermine le plus souvent la durabilité des apprentissages reste le sens conféré aux activités proposées. En tant qu’élève, si ce que l’on me demande d’apprendre correspond à une compétence clairement identifiée comme pouvant me servir par la suite dans divers domaines, je risque fort d’une part d’y porter davantage d’intérêts et d’autre part de sceller mes apprentissages de manière bien plus forte que si le seul but pour lequel on me prépare est un contrôle de connaissances.

     Dans une classe où la coopération entre élèves est une valeur défendue, il n’est pas rare de les voir s’exprimer de diverses manières. Une des approches suscitées par l’enseignant est l’expression écrite, qu’elle soit libre ou guidée.      Les enfants sont régulièrement amenés à produire des textes, parfois dans un but précisément affirmé : lettre aux correspondants, articles pour le journal de classe, compte-rendu d’expériences, exposés, … A d’autres moments, cette expression écrite n’est pas toujours finalisée et on l’appelle expression libre. Ainsi, de manière aussi régulière que précédemment, les enfants sont amenés à écrire sans but clairement défini. Il s’agit alors de ce que Freinet nommait les textes libres, textes qui peuvent prendre diverses formes. Nous en citerons deux, les premiers correspondants à des écrits postés dans une boite puis hebdomadairement lu collectivement avant d’être soumis au choix du groupe pour l’élection du texte libre de la classe. Nous verrons plus loin ce qu’il advient de ce texte. Les seconds écrits sont de l’ordre de l’écriture libre confidentielle et font appel à des techniques telles que les phrases du jour, les carnets de vie ou les journaux de bord[1]. Ces textes ne sont diffusés qu’avec l’accord de leur auteur mais peuvent, tout comme les textes postés, faire l’objet d’un travail individualisé sur la langue.

     Chacun, enfants et adultes, dispose en conséquence d’une multitude de textes directement produits par les élèves eux-mêmes. Notre postulat de départ est que ce corpus est quasi-suffisant pour permettre l’acquisition des principales compétences scolaires relatives à l’étude de la langue telle que la conçoivent les programmes du ministère. Il serait tout du moins grandement dommageable de ne pas puiser dans ces productions, sources de richesses.

     C’est donc à partir de ce vivier de textes que nous bâtissons un dispositif d’étude de la langue. Plusieurs activités en dépendent et sont proposées de manière différenciée aux enfants de la classe. Notre principe est de multiplier les situations d’étude afin d’en optimiser les apprentissages. Alors que certains enfants profiteront davantage d’une étude collective de texte libre, d’autres choisiront de grandir dans la réécriture d’une lettre à un correspondant. C’est ici la multiplicité des moments de travail qui garantissent la qualité de l’enseignement. A noter toutefois que le seul recours aux productions d’enfants serait restrictif dans le sens où il priverait les élèves d’un regard sur ce que l’on nomme les textes d’auteurs. Nous insistons donc pour marquer l’importance de l’ouverture à d’autres auteurs que ceux de la classe, même si ces références ne se veulent pas prépondérantes. L’étude d’un texte de la littérature française, avec les mêmes outils que ceux employés pour des textes d’enfants, a pour buts le transfert de connaissances dans d’autres domaines que ceux couramment explorés et l’intérêt porté à des écrits qui peuvent être considérés comme des modèles. Alors que l’écriture enfantine propose une base de départ intéressante, la littérature apporte ce que des enfants n’auraient pas pu inventer seuls : l’usage de mots et l’emploi de formes syntaxiques inédits dans la vie de classe. Ces situations représentent en quelque sorte des moments de tremplin pour l’enrichissement des textes de chacun. S’en priver apparait donc comme une erreur pédagogique.

     Nous disposons donc d’une base de textes que nous pouvons assimiler à du minerai brut. Après l’extraction, il convient d’entrer dans une phase d’épuration afin d’ôter les éventuelles imperfections. Pour cela, nous disposons d’un filtre qui va permettre aux enfants une première réécriture de leurs textes. Il s’agit du guide de correction des textes. Ces codes indiquent chacun un type d’erreur similaire et récurrent. Ils invitent donc les enfants à chercher la correction dans un domaine particulier et à partir d’outils dont ils connaissent l’existence et maitrisent l’emploi : les dictionnaires, tableaux de conjugaisons, règles orthographiques, listes de mots, … Ces outils ont fait l’objet d’une présentation succincte en début de parcours puis sont régulièrement enrichis grâce aux expériences de classe. Ces codes de corrections entrent donc rapidement dans le sens commun et deviennent des habitus de vie scolaire.

 guide correction texte

 

En son temps, Freinet pensait que tout ce qui était purement scolaire et n’intéressait que le monde de l’école était à bannir. C’est ce qu’il nommait la scolastique (invariant No 10). Dans sa ligne de mire, il entendait entre autres la plupart des règles de grammaire qu’il jugeait inutile dans le cadre d’une quête de sens. C’est pour cela qu’il a envisagé d’élaborer une grammaire qui regrouperait les éléments nécessaires et suffisants à la maitrise de la langue. Il nomma cette étude « la grammaire en quatre pages. » Nous avons repris son texte et avons tenté une relecture actualisée. fleche-vers-bas-retour-droit-icone-7347-48

 

 

Vous trouverez là, d'autres outils complémentaires : fleche-vers-bas-retour-droit-icone-7347-48

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[1]             Bovet E., « Le journal de bord, incitation à l’expression écrite », Le Nouvel Educateur, No 129, mai 2001, p 8.