guide-enseignantLA LÉGENDE DE PIDAPI

PIDAPI habitait dans la ville de « Riennépermis » à l'époque où les enfants étaient considérés comme « de petites personnes avec beaucoup de vides que seul le savoir des adultes pouvait remplir.» PIDAPI était un petit garçon d'une dizaine d'années pas plus éveillé qu'un autre, pas plus endormi non plus ; somme toute un enfant comme tous ses petits copains et copines dont seule son histoire nous fait raviver l'existence.

Les adultes de cette ville avaient organisé pour tous les enfants ce que l'on appelle chez nous une école. Ils avaient engagé une maîtresse qui venait d'une autre ville et qui enseignait depuis quelques temps. Elle se faisait appeler «maîtresse» et tirait toute sa pédagogie de ce qu'elle avait elle-même vécue en tant qu'élève, même après avoir consacré des mois entiers à «être formée». Ses élèves l'aimaient bien parce qu'elle croyait en son métier et se donnait toujours du temps pour écouter ce que les enfants voulaient lui dire. Pourtant, tous les jours, aux mêmes heures, tous les enfants de la ville se rendaient à «l'école». Tous les jours de toute l'année, ils faisaient la même chose : rester assis, se taire, écouter et écrire. PIDAPI était l'un d'eux et la seule chose qu'il retenait de ses journées était l'ennui. Quand ses parents lui demandaient d'expliquer ce qu'il avait fait, il répondait qu'il n'apprenait même pas ce que la maîtresse «lui apprenait».

 

Un jour, l’ennui fut tellement grand, que PIDAPI décida de ne plus aller à l’école. Il n’en parla pas à ses parents de peur qu’ils le grondent. Il prépara soigneusement ses affaires et le lendemain matin ne prit pas le chemin de l’école. De son voyage, personne n’a jamais su ni où PIDAPI était allé, ni ce qu’il y avait vu, ni les personnes qu’il avait rencontrées. Peut-être avait-il croisé un marabout, était-il entré dans un lieu magique ou tout simplement n’avait rien fait et vu de la sorte. Ce que nous devons retenir c’est que PIDAPI n’était plus le même, n’avait plus du tout envie de rester chez lui et ne désirait qu’une chose : retourner à l’école. Dés son arrivée, il alla trouver « maîtresse » et, après avoir réussi à lui faire accepter pourquoi il n’avait pas de « modéparents », lui demanda d’organiser une « assemblée ». « Une assemblée, expliqua-t-il, est une réunion où tous les enfants disent ce qu’ils veulent changer ou garder. Si toi, maîtresse, tu nous fais confiance et si tu acceptes de changer la classe, alors nous saurons faire des propositions pour mieux travailler. »

 

La maîtresse, surprise mais intéressée, accepta la proposition et même, pour que les enfants se sentent plus libres, les laissa seuls quelques temps afin qu’ils discutent entre eux. A son retour, ils lui demandèrent de s’asseoir et de poser les questions qu’elle souhaitait. Elle leur demanda simplement quel avait été le sujet de l’assemblée et à quelles propositions ils avaient pensés. Non pas uniquement en son nom mais aussi en celui de tous ses copains et copines, il prit la parole et dit quelque chose comme ça :

« Quand tu es avec nous pour faire la classe, surtout ne nous dis pas ce que tu sais mais explique nous comment tu as fait pour le savoir. Ne nous donne pas de réponses à des questions que nous ne te posons pas mais fais simplement en sorte que nous nous posions des questions. S'il arrive que nous t'en posions une, aide-nous à trouver par nous-mêmes nos réponses. Uniquement si tu vois que nous n'avançons pas, apporte un petit peu de ce que tu sais, juste assez pour nous permettre de continuer. Ne nous oblige pas non plus de faire tous en même temps les mêmes choses. Permets-nous de travailler ensemble, de nous appuyer sur l'expérience de nos amis sans pour autant nous demander le même travail, simplement parce que nous sommes différents et que nous n’apprenons pas de la même manière. Oui, nous voulons apprendre parce que nous en avons besoin, mais nous ne pourrons le faire qu'à partir de ce que nous savons déjà et en connaissant au mieux ce que nous devons travailler. Ton métier c'est de nous guider, le notre c'est d'apprendre. C'est parfois difficile de faire son métier mais c'est justement pour cela qu'il nous permet de grandir. »

 

Depuis cette assemblée, mais tout de même pas comme dans un conte de fées, ce qui se passa à l’école apporta bien moins d’ennui que d’intérêt : les enfants apprenaient ce dont ils avaient besoin par eux-mêmes, interpellaient leurs amis ou « maîtresse » s’ils avaient du mal à avancer et certes, chacun à leur façon, progressaient.

Quand il rentrait chez lui, PIDAPI savait désormais quoi raconter à ses parents. Il pouvait enfin présenter une école où il apprend des choses dont il connaît l'importance pour lui et dont il mesure l'effort à fournir pour «grandir».

 

Plus tard, PIDAPI devint un adulte suffisamment grand et reconnu des autres adultes et il fit changer le nom de sa ville en « Toutépossible ».